jeudi 6 octobre 2011
Nouveau départ
mardi 1 février 2011
L'homme sans nom
Je ne suis personne. Un simple gardien d'immeuble. Une secrétaire médicale. Un garçon de café. Un chef d'état. Je ne suis qu'humain et je ne suis personne.
En revanche, on me nomme lorsque je consomme.
Voilà: « Que fais-tu dans la vie? » - Je suis consumériste.
Plus je consomme, plus je suis quelqu'un. Mon projet le plus ambitieux est de devenir propriétaire, acheter. Une maison, une voiture, une femme, un enfant, qu'importe. Tout acheter dans l'idéal.
On raconte que le monde est en crise, que les ressources diminuent, que les pays et leurs habitants sont endettés, peu importe, tant qu'il y a à consommer, tout ira pour le mieux.
Quand il n'y aura plus de pétrole, ils trouveront le moyen de nous vendre des diamants comme carburant. Pourvu que ça rapporte de l'argent.
L'argent.
On ne croit plus en Dieu, on croit en l'argent.
On vit, travaille, étudie, on se lève le matin pour l'argent. Il faut gagner de l'argent pour vivre, ou survivre, tout dépend.
Qui aujourd'hui pourrait envisager de vivre sans argent? Il n'y a pas besoin d'aller bien loin pour s'en dissuader, on te le montre à la télé. La misère. Si la richesse est l'idéal à atteindre, la misère est l'enfer. Comme ces pauvres gens qui crèvent de froid en hiver. Celui à qui tu filais quelques pièces superflues, et qu'un jour tu n'as plus jamais vu. Il s'appelle sûrement Michel, ou bien Jean-Claude.
Il avait certainement des enfants, une femme, mais ça, c'était avant. Avant qu'il n'ait plus d'argent.
Tu vois bien, quand il avait de l'argent, il était quelqu'un, bien rangé à sa place parmi les autres.
Mais sans argent, il est devenu personne.
Non, ce n'est pas triste. C'est surtout inévitable.
« Mais alors pourquoi ne vivrait-t-on pas sans argent? »
Tu te rends pas compte, il ne suffit pas de faire son truc dans son coin, il faudrait qu'on soit des milliers, ou mêmes carrément des millions, des dizaines, des centaines de millions.
Il faudrait qu'on soit une masse incontrôlable à vivre sans argent, une solidarité quasi mondiale.
C'est impossible.
Pour tout changer, il faudrait une révolution. La Révolution.
vendredi 12 novembre 2010
Pensées pansées et autres gargarismes impudiques #3

- Que lis-tu?
- Je lis la vie.
- Et que vois-tu?
- Que nous la perdons.
- De quoi la vie?
- Non la vue. Mais oui, forcément aussi la vie.
- Mais pourquoi la perdons-nous?
- Il nous faut bien mourir un jour.
- Non, je voulais dire, pourquoi perdons-nous la vue?
- Car nous ne voyons plus, nous ne faisons désormais plus que regarder.
- Alors n'en parlons plus.
***
Baisse les yeux.
Tu ne sais pas vers qui tu regardes.
Tu pourrais voir à quel point je suis infinitésimale.
Ne regarde qu'autour, je ferai tour pour le rendre moins banal.
***
Il est des choses que l'on doit faire.
Se gratter quand ça démange.
Sauter de haut, pour mieux appréhender le bas.
Devenir passiflore pour rendre le mal lapidaire.
jeudi 26 août 2010
Pensées pansées et autres gargarismes impudiques #2

Nonchalamment posée sur le monde,
Du haut de ma tour nauséabonde, je mange de l'air.
J'embrasse le Rien et je m'en inonde.
L'air de rien.
***
Lui: Tu m'aimes?
Elle: Ça va pas, t'es fou!
- Et pourquoi pas?
- Je sais pas.
- Tu ne sais pas aimer?
- Non, je ne sais pas pourquoi.
- Et tu sais aimer?
- Je sais pas.
- (Silence)
- Enfin, je ne sais pas si je sais aimer.
***
Il avait dans le regard cette émotion latente, celle qui éclatait autrefois et qui, maintenant, ne laissait sur son sillage qu'une odeur de soufre.
La crise, la véritable; pas seulement celle d'un homme rattrapé par le temps qui passe, celle d'un homme épris de liberté et qui constate soudain qu'il s'est laissé enchaîner.
jeudi 27 mai 2010
La Boiteuse

(Image: Hans Bellmer)
Cherchant un coin,
Où on ne la regardera plus,
La boiteuse jamais ne se plaint,
Elle tangue, elle ne respire plus.
Le visage joyeux,
Mais le regard triste.
La boiteuse boit sa peine pour eux,
Elle tangue, elle sourit aux marionnettistes.
Et pourquoi?
Pourquoi flinguer sa vie ainsi?
Pourquoi toujours marcher avec un tel poids?
Se condamner à demeurer loin des autres et indécis.
Boiteuse d'avoir trop chuté,
Ou au contraire pas assez.
Boiteuse d'avoir trop aimé,
Avec sur le corps, le cœur épinglé.
Danse futile égérie!
Et si tu boites, tant pis.
vendredi 14 mai 2010
Là où le Vide n'ira pas...

Le vide complet.
Oppressant.
Se perdre sans cesse hors du temps.
Avoir froid, même enlacée.
Je n'entends que les hommes hurler.
Un cri dans le néant.
Un cri que personne n'entend,
Sauf moi, et mes âmes éparpillées.
Sachez que derrière ce corps d'imperfections,
S'isole un esprit renfermant la clé de l'exaltation,
Mais damné, de ne pas connaître quelle porte elle laisse fermée.
Lettre impossible à l'enfant avorté

Cher enfant qui n'a pas été,
J'espère que la vie au pays des fœtus t'est agréable. Ici tout est pitoyable, bien heureuse que tu ne sois pas là pour le voir.
Après tant d'années, je me décide à t'écrire. Je te dois mes plus plates excuses.
Je me doute que ça a dû être dur pour toi, tu commençais à t'installer, t'avais presque façonné tes orteils.
Mais il faut bien comprendre que la douceur de la vie fœtale est l'unique douceur dans la vie que j'aurais pu t'apporter.
Je n'aurais même pas su qui te présenter pour jouer le rôle d'un père à peu près potable. Je t'aurais bien prêté le mien, mais il est occupé.
Et puis je t'aurais mis où hein? A moi toute seule dans Paris, je me sens à l'étroit.
Ce n'est pas la peine de me toiser ainsi, je ne suis pas une criminelle, tu n'étais pas encore, et tu viens me reprocher de ne pas être, alors que tu ne l'as jamais été.
Enfin bon tu comprendras cette phrase quand on t'apprendra la conjugaison.
Tu sais les humains aujourd'hui se prennent un peu pour Dieu, s'il en est. Il est facile d'avoir droit de vie ou de mort sur les choses. Mais il n'était pas question là de te donner la vie ou la mort, mais plutôt te donner la vie, ou te donner la meilleure possible.
Tu l'auras compris, ce n'était pas le moment pour "la meilleure possible".
Néanmoins, je ne t'oublie pas, je t'imagine, aujourd'hui, bientôt 4 ans, avec mes yeux et mes dents, et avec le plus d'innocence possible préservée.
Voilà, il fallait que je te dise toutes ces choses, peut-être que tu ne viendras plus chuchoter à mes oreilles.
Je t'embrasse.
Ne fais pas de bêtises.
Ta mère qui n'a pas été.
Pensées pansées et autres gargarismes impudiques #1

C'est la nuit.
Je peux enfin ouvrir grand les yeux.
La musique.
Celle de mon âme qui se scinde en deux.
Je les vois tous, ne pas me regarder.
Feindre mon absence.
Et je marche. Je m'abîme.
Les pieds dans la merde, les yeux vers les cimes.
(11.05.2010)
***
"Juste vouloir une épaule cagneuse sur laquelle se molester, se nicher inconfortablement contre. Le plaisir trivial d'être intime avec quelqu'un. L'illusion éphémère que tout ceci pourrait durer à l'infini. Oublier qu'une fin attend de jouer son rôle; rendre l'écran noir et rallumer les lumières."
(12.05.2010)
***
Elle s'est assise, m'a toisée en me demandant ce que je regardais.
"A toi de me le dire" lui ai-je répondu.
Alors elle s'est mise à pleurer, et à la fois, elle a ce jour-là, scellé notre amitié. Quelle conne...
(13.05.2010)
dimanche 14 mars 2010
Monologue de Sam

"Mais dis quelque chose. Sinon c'est moi qui parle, et cela sera déplorable.
Mais allez, bouge-toi! Pourquoi tu restes là comme ça, sans rien dire.
Et puis tu me regardes... Ah ça tu sais faire! Regarder."
Elle pleure.
Puis elle crie:
"Mais frappe!!! Allez, montre-moi quelle câtin je suis, apprends-moi les bonnes manières! Détruis-moi, je t'en supplie..."
Elle se ressaisit et essuie ses larmes.
"Tu vois bien, il ne se passe rien chez toi. Tu viens, tu dors, tu me baises, parfois tu me souris, et tu te confies... Mais le reste il est où? Ta colère, tes vices, tes peurs, mmh? Non cela je ne peux y goûter.
Mais tu as raison. Pourquoi pas?
Offrons-nous nos meilleurs jours, ne nous donnons aucune chance de se détester. Notre relation est si fragile qu'elle ne survivrait pas à un désaccord de chaîne sur le câble.
Mais vois-tu, le problème là-dedans, c'est que je fane, tu comprends?
Moi sans tes mains pour me faire faire des choses inavouables, je me désintègre..."
Elle entrouve son chemisier pour montrer sa gorge.
"Regarde, tu vois ces traces partout? Ce sont les zones où tes mains ne passent plus. Regarde, je deviens grise... Tu me crois maintenant?
Tu comprends que je crève putain!"
Sam se regarda une dernière fois dans le miroir. La musique commerciale du magasin n'allait pas tarder à la faire disjoncter.
Et puis cette odeur. Celle des cabines d'essayage.
Quelque chose d'indescriptible mais qui témoigne, des actes autres que l'essayage, faits dans ces cabines.
Un jour elle lui dira tout ça, se dit-elle.
Elle sourit, ce petit chemisier allait beaucoup lui plaire.
dimanche 28 février 2010
La complainte de Sam

Je loge Hôtel de l'Univers, dans la rue des contrebandiers de faune aquatique.
J'entends Dakar, le marchand d'épices de Fez, et Monique la pute camerounaise du 45...
Je loge Hôtel de l'Univers, et je m'y perds...
Tous les matins.
Lumière.
Clope.
Étirements.
Trousse.
Soupir.
Lame.
Sang.
Larmes.
Je vis. Je saigne, c'est bon.
Je ne suis pas morte.
J'ai l'âme sans larmes.
« Bonjour, c'est vingt euros. »
Voilà comme je m'appelle.
Vingt euros, voilà ce que je vaux dix fois par jour.
Dix fois par jour je suis la pute de l'Univers.
Je fais le tour du monde par les cuisses.
Mon vagin parle plusieurs langues couramment.
Je me compromets dix fois par jour.
Le vague à l'âme.
Tous les soirs.
Nausée.
Cuvette.
Serviette.
Clope.
Soupir.
Larmes.
J'ai l'âme sans armes.
La nuit. Les cris.
Le bruit dehors, l'appel humide et chaud de la rue.
Les hommes, leur envie sale. Lubriques.
Mon âme s'alarme.
Je loge Hôtel de l'Univers, dans la rue des contrebandiers de la Mer.
Je loge Hôtel de l'Univers, et je ne suis plus que chair en jachère.